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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 18:00

Comme des millions de français, j'ai milité, signé des pétitions, fait signer des pétitions, marché dans Paris, manifesté, afin qu'elle soit libérée ainsi que son fixeur Hussein. Je ne la connaissais pas, c'était une journaliste française otage en Irak. Toutefois, je pressentais qu'elle avait besoin de nous.
Nous n'avions pas le droit de vivre notre vie tranquille alors qu'elle, à l'étranger, isolée de tout, était privée de liberté.
Après sa libération, je pensais qu'elle écrirait un livre racontant son histoire, c'était mal la connaître !!


 

 

 


C'est loin des caméras, sans tapage médiatique, devant un public d'enfants, pendant une conférence au Théâtre de Montreuil, (reprise dans le livre Florence Aubenas, Grand Reporter - Edition Fayard), qu'elle raconte son métier, sa passion immédiate.



Voici un passage de la conférence, où répondant à une question, elle  évoque sa détention :

-
Qu'avez-vous ressenti en Irak?

Tu parles du moment où j'ai été enlevée, je suppose? Quand je suis partie à Bagdad, en décembre 2005, je savais que je prenais un risque. Deux journalistes français avaient déjà été pris en otage à ce moment-là, un Italien et un Britannique avaient eux aussi été capturés, puis exécutés. Je défends la position selon laquelle les journalistes doivent continuer à aller dans ces pays malgré le danger, c'est justement dans ces cas-là que nous devons plus que jamais continuer à rendre compte des évènements et ne pas laisser ceux qui y vivent disparaître dans un brouillard de violence et d'incompréhension. On ne peut pas se contenter de débarquer, une fois les fusils rangés, pour interroger ceux qui ont eu la chance de survivre. En faisant très attention, en étant le plus prudent possible et même pour une présence symbolique, il faut y aller. C'est presque un devoir.

Je suis partie en Irak dans cet état d'esprit. Pour moi, ces risques font intégralement partie de notre métier. Que penseriez-vous d'un chauffeur-routier qui refuserait de conduire pour ne pas avoir d'accident ou d'un maçon qui ne voudrait plus monter sur l'échelle par peur de tomber? A vrai dire, on imagine plutôt l'inverse. Vous connaissez cette fameuse phrase?  "Cela n'arrive qu'aux autres". C'est un peu ce que j'avais dans la tête.

Cela dit, à Bagdad, j'avais pris beaucoup de précautions. Je ne sortais qu'en tenue traditionnelle, robe longue, voilée. Avec Hussein, qui était mon fixeur, c'est-à-dire le chauffeur et le traducteur, nous respections des horaires, un couvre-feu, des règles de sécurité. Malgré tout cela, nous nous sommes fait enlever.

Puisque tu me demandes ce que j'ai ressenti, je dirais que c'est un moment très spécial. Nous sortions d'un rendez-vous à l'Université de Bagdad, et, visiblement, ce sont les gens à qui nous avions rendu visite qui nous ont vendus aux ravisseurs. Comme la ville était dangereuse, des compagnies privées de sécurité gardaient l'entrée de tous les lieux publics. Nous venions de passer la porte pour repartir chez nous, le poste de contrôle était à peine à quelques mètres de nous, lorsqu'une voiture nous arrête.

Deux types nous braquent avec des revolvers. Je me retourne immédiatement vers un des gardes de l'université, assis sur une chaise juste derrière nous avec sa kalachnikov. Il est si près que nos regards se croisent. Je lui fais signe que nous sommes en mauvaise posture, que nous avons besoin de lui. Le type reste assis. Il me fixe droit dans les yeux et écarte lentement les bras, comme un signe d'impuissance désolée. A ce moment-là, j'ai eu l'impression d'avoir traversé le miroir. J'ai compris que je venais de quitter notre monde familier, celui où les gens fument des cigarettes, rient, embrassent leurs enfants. Nous avions été jetés dans une voiture et, à travers la vitre, je voyais la vie qui continuait, les embouteillages, la musique des radios, les petits vendeurs ambulants qui collaient leur visage contre notre pare-brise sans se douter de rien. Mais je savais que je n'étais déjà plus parmi eux, que j'avais basculé dans une autre dimension où plus personne ne pouvait rien pour moi.

 

Elle n'abordera plus le sujet.de son enlèvement,
Elle a tourné la page.
Elle a attendu deux ans avant de reprendre la route pour le Tchad ou le Kossovo
.

 

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Published by gaby23cinema - dans Actualité
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commentaires

colombine73/iliene73 26/06/2009 22:07

bonsoir merci à toi de t'être inscrite dans la communauté... F. Aubenas fait partie de ces femmes courageuseset qui assume unquotidien pas tjs facile... A bientôt

Nouchkaya 26/06/2009 20:34

Ma petite Gaby ton article est passionnant!!! Je suis désolée d'être aussi peu présente en ce moment sur les blogs mais tu sais que tu me téléphones quand tu veux!!! Je suis ravie de nos discussions à bâtons rompus !! Ce sont des moments qui font du bien, vraiment! Ta nouchka!

Monique 26/06/2009 19:18

Bonsoir Gaby ! je n'avais pas laissé de com sous cet article, n'ayant pas trop suivi l'évènement. Il n'empêche, tu te plains, mais tu en a des visites, comme dit Jade, patiente et longueur de temps font plus que force ni que rage ! nous sommes tous logés à la même enseigne et avons notre place à faire ici, c'est normal d'avoir un petit passage difficile ! - allez, ne perds pas courage ! gros bisoussssss @ ++

Iléajade 26/06/2009 17:38

coucou  Gaby ,je vois que tu as pas mal de visites et tu te plains !!! il faut laisser le temps et s'armer de patience tout le monde perd beaucoup de temps dans l'apprentissage et la déco de son blog ,ajoutes à cela les vacances qui approchent tout cela semble très normal Gros bisous Gaby et belle fin de journée

CLOUSEAU 26/06/2009 14:55

Blot est le nom du commissaire de police joué par Paul Meurisse dans : Le deuxiéme souffle de Jean Pierre Melville. J'ai une grande admiration pour le réalisateur, l'acteur et le film.Petite citation bonne pour le moral: Winston Churchill a dit :"Une pomme par jour suffit pour éloigner le médecin..... à condition de bien viser"!

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